Auto-école par excellence, la Renault 8 Gordini a élevé toute une génération de conducteurs en herbe au rang de pilotes. Aussi généreuse qu’exigeante, sa déclinaison “1300” a formé les meilleurs négociants en virages. Certains ont même eu droit au tableau d’honneur.
Au salon de l’automobile 1964, la Renault 8 Gordini fait sensation. Sa robe bleu de France rehaussée de deux bandes blanches longitudinales, ses grands phares mais surtout son fantastique moteur à culasse hémisphérique développé par le motoriste franco-italien suffisent à en faire la star de l’événement. La “modeste” berline Renault vole la vedette aux voitures les plus prestigieuses ! Engagée par l’usine dès avant sa commercialisation dans les principales compétitions routières européennes, le Renault 8 Gordini ne tarde pas à démontrer l’étendue de son talent entre les mains des meilleurs pilotes du moment. Cette publicité est la meilleure pour celle qui prend brillamment le relais de la Dauphine R1093, non sans afficher des ambitions mécaniques nettement supérieures.
En 1966 est créée la Coupe Gordini, une idée prodigieuse qui permet au grand public de découvrir cette voiture à l’œuvre sur les principaux circuits français, emmenée par des pilotes amateurs. « Pourquoi pas moi ? » s’interrogent plein de jeunes gens fanatiques de vitesse et de compétition, du bleu plein les yeux au retour de Rouen, de Reims, ou encore de Montlhéry. Il faut dire que la carotte est exceptionnelle : le lauréat annuel de la compétition et son dauphin empochent tous deux une Gordini neuve, quand le troisième se console avec un ensemble moteur/boîte flambant neuf. Pour mesurer le niveau de ces gratifications, il faut ajouter qu’en 1965, un salarié au SMIG empoche un peu plus de 3 000 F par an, c’est à dire un quart du prix de la voiture de ses rêves.
La Renault 8 Gordini coûte cher : aussi cher qu’une Citroën ID 19. Elle est donc le privilège des jeunes qui ont un confortable niveau de revenus ou bien de ceux ayant eu la chance de naître dans une “bonne famille”. Cette tarification élitiste, justifiée par la technicité du moteur, mais aussi par un grand nombre de pièces spécifiques, freine logiquement la diffusion d’une voiture qui s’écoule à seulement 2 626 unités jusqu’en septembre 1965. Malgré ce succès très relatif, la Régie Nationale des Usines Renault fonde de grands espoirs dans ce véhicule. C’est pourquoi une évolution parfaitement étudiée va prendre le relais de cette première mouture : ce sera la Gordini “1300” aux ambitions plus importantes en compétition...
Texte et photos Hugues Chaussin
Gazoline