Le 6 octobre, jour du jeûne de la fête juive de Yom Kippour, Israël subit une attaque surprise et simultanée de l’Egypte et de la Syrie. S’ensuit une guerre, intense, de seulement trois semaines, mais qui aura des conséquences dévastatrices pour l’automobile avec la prise de mesures de rétorsion sur la livraison de pétrole. Chacun assistera, impuissant, au doublement du prix du baril, passé de 2,5 à 5 dollars du jour au lendemain, avant de dépasser les 10 dollars à la fin du mois de décembre. Personne n’aurait pensé possible pareille hausse du prix de l’essence. Cette inflation est d’autant plus sévère qu’une fois l’embargo levé, les prix ne sont quasiment pas retombés. Tenez-vous bien, en valeur constante, le carburant coûtait encore plus cher fin 1973 que fin 2025, n’en déplaise aux indécrottables du « c’était mieux avant ». En conséquence, les pouvoirs publics français prennent une batterie de mesures de crise, la première étant la limitation, annoncée comme provisoire, de la vitesse à 90 km/h sur route et à 120 km/h sur les autoroutes. Mais ce n’est pas tout. Dans le paquet figure aussi l’interdiction, cette fois vraiment provisoire, du sport automobile, sans oublier la réduction du chauffage collectif. Les conséquences sont dramatiques pour de nombreux constructeurs. Pour ne prendre que deux exemples, Citroën est au bord du précipice alors que le petit poucet CG s’apprête à mettre la clé sous la porte. Voici le contexte dans lequel la Simca 1100 Ti débute sa carrière aux côtés de nouvelles sœurs de chaîne sorties du chapeau dans la précipitation afin de faire passer la pilule. En février 1974 apparaissent en effet les 1100 LE et GLE dotées d’un 944 cm3 de 48 ch, suivies en septembre par la 1100 ES de 1 118 cm3 au rapport volumétrique diminué pour fonctionner à l’essence ordinaire, dont la puissance est abaissée à 54 ch au lieu de 60 ch. Avec ses carburateurs double-corps de 36 mm, la 1100 Ti arrive comme un éléphant lancé pleine balle dans un magasin de porcelaine. Mais, allez donc avoir pourquoi, la magie a opéré. Accueilli à bras ouverts par la clientèle à laquelle il s’adresse, le dernier avatar sportif de la marque française mise tout sur le sport, sur l’image du sport et sur l’essence même du sport pour faire chavirer les cœurs. Aussi rapide mais plus polyvalente que la très populaire Rallye 2, la 1100 Ti fait un véritable carton dès le jour de sa présentation. Surexposée par des couleurs aussi joyeuses que le jaune maya ou le rouge orangé Sumatra, la nouvelle venue fait un carnage. Archétype de la voiture à la mode, elle a le talent de se montrer irrésistible, en premier lieu grâce à son look ravageur.
Texte et photos Hugues Chaussin
Gazoline

