Mais ses 67 ch sont insuffisants pour faire avancer dignement une voiture haut de gamme des années 50. Il faut dire qu’entre 1929 et 1952, d’une part l’automobile a drôlement progressé, d’autre part Salmson a fait du sur-place faute de liquidités. Martin promet à Bernard une centaine de chevaux. Il en obtient plus de 105 d’un 2,3 l préalablement fiabilisé, le motoriste estimant que certaines pièces ne se destinaient pas à supporter un “gonflage”. Conquis par ce développement, le directeur va plus loin et propose au technicien de concevoir un nouveau coupé équipé de cette mécanique. Il est même nommé directeur technique du constructeur et reçoit la mission de concevoir la Salmson du futur en utilisant un maximum de pièces existantes. Au commencement de ce chantier, Martin utilise un soubassement de 203, qu’il rallonge à l’avant, puis qu’il habille selon sa propre inspiration. Le véhicule ainsi obtenu, proche de ses Martin Spéciales, est équipé de composants mécaniques Salmson, en particulier le moteur de 105 ch réalisé rue Ledru-Rollin. Ce véhicule, qui préfigure les lignes de la voiture définitive, est l’œuvre qui aurait pu faire basculer la carrière de notre surdoué de la mécanique. Mais la 2300 S sera finalement conçue en interne, sans sa contribution. Avant d’avoir été écarté du projet, quelques-uns de ses travaux, en particulier le châssis tubulaire qu’il avait confectionné tout exprès, ont été précautionneusement détruits. Le véritable “père” de la 2300 S découvre, anéanti, le fruit définitif de son travail au salon de l’automobile 1953. Par manque de finances, dans un souffle désespéré visant à maintenir hors d’eau la marque de la rue du Point du Jour, de nombreuses solutions Martin n’ont pas été retenues et l’auto définitive a été élaborée sur un soubassement, caduque, de Randonnée. Il n’en reste pas moins que le coach 203 Spécial Martin, dont un unique exemplaire subsiste aujourd’hui, peut être considéré comme l’ancêtre, bien malgré lui, de la 2300 S.
Texte et photos Hugues Chaussin
Gazoline