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2.10.26

Automobile et Histoire - PEUGEOT 201 D TORPEDO : LE NUMERO PORTE-BONHEUR


A son époque, la 201 a été le plus important succès commercial de Peugeot depuis sa création en 1886. Avec cette voiture vendue à plus de 140 000 exemplaires, le constructeur franc-comtois est parvenu à se sortir de graves difficultés financières tout en s’assurant un avenir serein. L’air de rien, ce sacré numéro est, avec la 205, l’un des deux succès majeurs de l’histoire du lion.


En 1924, la minuscule Peugeot Quadrilette passe la main à une 5 CV qui va faire durer le concept de voiturette jusqu’en 1931. Mais nul n’ignore alors que les jours de ces voitures légères sont comptés. Les quelques personnes qui peuvent s’offrir une automobile voient leurs exigences croitre en même temps que progresse leur situation. Même si les 4 et 5 CV leur ont rendu de précieux services, ils souhaitent passer à autre-chose. En Franche-Comté comme ailleurs, chacun sait que l’avenir appartient à une classe supérieure d’automobiles, plus spacieuses, plus rapides, plus coquettes et plus confortables, convoitées par une clientèle embourgeoisée. Mais chez Peugeot, on est du genre prudent et il n’est pas question de sortir une nouvelle voiture sans s’être entourés de toutes les précautions utiles. Afin d’assurer au futur modèle toutes les chances de succès, Peugeot met en place un référendum dans tout son réseau afin de cerner, précisément, les attentes de la clientèle. 25 millions de francs sont mis sur la table, plus de 350 techniciens et ingénieurs ainsi que 750 ouvriers sont mobilisés. En prévision d’une diffusion plus importante que par le passé, l’usine est même agrandie avec la construction d’une chaîne de deux kilomètres de long. A l’été 1928, six mois seulement après le premier coup de crayon, une quarantaine de prototypes sont discrètement mais rudement mis à l’épreuve sur les routes. Sous la houlette d’André Boillot, pilote maison et directeur sportif, les essayeurs torturent ces voitures des semaines durant, sur tous les terrains et dans toutes les conditions. Pour Peugeot, l’objectif est haut placé : il va falloir produire la première petite voiture moderne, une 6 CV très loin des “tape-culs” poussifs tenant toute la route auxquels les automobilistes avaient pourtant fini par s’accoutumer, faute de mieux. 


Le constructeur de Montbéliard ambitionne donc de créer la petite auto qui a presque tout d’une grande. Lancée pendant le Salon de Paris, en octobre 1929, la nouveauté se nomme Peugeot 201, une appellation nouvelle avec zéro central qui n’aura pas fini de durer ! Quelques semaines après le salon, 5 000 commandes fermes ont déjà été enregistrées. Les chiffres vont ensuite dépasser toutes les prévisions avec la vente de 64 000 exemplaires au cours des trois premières années. Pour situer l’importance de ce chiffre, sachez qu’au moment du lancement de la 201, la production totale de Peugeot depuis les origines n’atteignait pas 200 000 unités. Ces volumes inédits sont rendus possibles par des cadences de production triplées alimentées par un réseau commercial sous pression permanente. Les dirigeants de la marque française n’ont pas seulement mis sur le marché une excellente voiture, ils ont également calibré leur outil de production et leur stratégie en prévision de ce succès. Les subsides permis par la réussite de la 201 remettent Peugeot, jusqu’alors en difficulté financière, sur la voie des profits…


Texte et photos Hugues Chaussin
Gazoline