Nombre total de pages vues

3.9.26

Automobile et Histoire - MATHIS EMY 8 CABRIOLET GANGLOFF (2/2)


Elaboré autour d’un bloc inédit recevant un vilebrequin à cinq paliers, ce moteur à distribution latérale est coiffé par deux culasses d’EMY 4. D’autres composants comme les pistons en alliage et les ressorts de rappel de soupapes proviennent également de l’EMY 4. Parmi les perfectionnements de ce groupe motopropulseur, notons la présence d’un élément de filtration de l’huile déporté, d’un super huilage des pistons par dépression ou encore d’un dispositif d’allumage à deux bobines, deux rupteurs et doigt à double pôle. Présentée comme la « première huit cylindres française construite en grande série » l’EMY 8 se positionne également comme une alternative tricolore aux grosses voitures étrangères. Pour cela, elle fait valoir son freinage hydraulique en oubliant de mentionner que celui-ci constitue un montage optionnel, mais aussi sa boîte de vitesses à deuxième et troisième rapports silencieux et synchronisés.

Nous vous présentons ici l’une des six EMY 8 encore connues. Datée du 11 juillet 1934, elle possède la calandre inclinée et concave qui équipe les Mathis depuis 1933. Cette voiture a été commandée en châssis par Maurice Cordier, un chirurgien-dentiste de Pontarlier alors âgé de 36 ans, qui œuvra ensuite longuement en faveur du tourisme et de la valorisation du patrimoine. Il fut notamment le créateur du syndicat d’initiative de Pontarlier et du Haut-Doubs ainsi que l’artisan de l’ouverture au public du château de Joux. Cordier choisit de faire livrer son châssis au carrossier Georges Gangloff, de Colmar, afin de lui donner la forme d’un cabriolet à quatre places correspondant à ses désirs. Etroitement lié à Bugatti pour le compte duquel il a habillé près de la moitié des autos sorties de Molsheim dans les années 30, Gangloff a également œuvré pour des clients isolés. Son dessinateur Lucien Schlatter qui esquissa les plus belles Bugatti dont cinq 57 S, est-il l’auteur de la Mathis du dentiste ? Il est permis de le penser même si rien ne l’atteste formellement. Toujours est-il que cette réalisation est unique, ce qui en renforce encore l’intérêt patrimonial. Initialement peinte en deux tons de vert, cette auto exceptionnelle a ensuite changé de teintes pour devenir crème et lie-de-vin. Parmi les quelques événements qui ont jalonné son existence, nous pouvons citer, chronologiquement, sa réquisition au sortir de la guerre, sa vente par les Domaines en 1951, son acquisition par le directeur du musée Peugeot de Sochaux dans les années 80, puis les dommages qu’elle a subi lors d’une inondation jusqu’au pare-brise en 1990, lesquels ont été suivis d’une restauration intégrale en 1991 et 1992. C’est Jean-Pierre Borgeaud, pilier des Amateurs de Mathis, qui a dirigé ce chantier d’envergure. Désormais nantie d’une appréciable patine, cette auto qui a fort bien vieilli s’offre à nous pour un galop d’essai […]


Texte et photos Hugues Chaussin